Union Fédérale des Associations Françaises d'Anciens Combattants, Victimes de guerre et des Jeunesses de l'Union Fédérale
Union Fédérale des Associations
Françaises d'Anciens Combattants,
Victimes de guerre et des Jeunesses de l'Union Fédérale

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Questionnaire << aux anciens d'AFN >>

Aux lecteurs du Cahier-Journal qui ont bien voulu répondre au « questionnaire aux anciens d’AFN », nous proposons ci-dessous un document de synthèse, préalable à un travail scientifique, dont la réalisation devra beaucoup à l’Union fédérale.

Vous y verrez qu’aucune guerre, qu’aucune violence d’événements vécus, ne peut pas ne pas laisser de traces, jusqu’aux derniers jours de la vie

PS. A titre personnel, je remercie très chaleureusement notre président Serge Cours de m’avoir permis de « travailler » avec Emmanuel Monfort et Gilles Tréhel, dans une parfaite ambiance scientifique certes, mais aussi très amicale.

Docteur Jacques Barthe
Vice-président national délégué

Nous vous avons proposé de répondre à une série de questionnaires dans le Cahier-Journal de I'Union fédérale de novembre-décembre 2008. Il s'agissait d'évaluer le vécu des " traumatismes " chez les anciens combattants, plusieurs dizaines d'années après les événements qui les ont profondément marqués. Une enquête scientifique manquait. Nous remercions vivement les adhérents de I'Union fédérale qui ont pris le temps de répondre à ces questionnaires, d'autant plus que la grande majorité d'entre eux ont accepté de donner des informations d'ordre privé, pour nous permettre de prendre contact avec eux, ce qui sera fait dans un deuxième temps.

Emmanuel Monfort
Docteur en Psychologie
(Université d’Angers)

Gilles Tréhel
Docteur en Psychologie
(Université Paris 7)

Le vécu de guerre 50 après

Les engagés, les appelés et les rappelés, furent près de deux millions à effectuer un service militaire en Afrique du Nord entre 1956 et 1962. Ils ont aujourd’hui plus de 65 ans, et aux difficultés liées au vieillissement s’ajoutent toutes les difficultés à gérer leurs souvenirs de guerre ou leurs réactions au stress.

La littérature scientifique montre la persistance des symptômes de ce qui est dénommé « stress post-traumatique » chez des anciens combattants devenus âgés. Il s’agit notamment de souvenirs persistants et intrusifs, de troubles du sommeil, ou encore d’une grande sensibilité aux situations, aux images qui rappellent ces événements. Il semble que l’intensité des symptômes liés au traumatisme culmine immédiatement après la situation traumatisante, puis diminue pendant plusieurs dizaines d’années, pour se développer à nouveau après le passage à la retraite.

230 anciens combattants ayant séjourné en Afrique du Nord entre 1954 et 1962 ont répondu à l’enquête qui a été proposée, ce nombre conférant à cette étude une valeur scientifique. Leur âge moyen est de 71,9 ans et leur nombre d’années d’étude moyen est de 8,5 ans (correspondant à un niveau brevet).

Une forte majorité d’entre eux, soit 62% ont terminé le conflit avec un grade de sous-officier. La durée moyenne de leur participation était de 24,3 mois. 68% ont vu la reconnaissance d’une pathologie au cours, ou à l’issue de cette guerre, avec par ordre d’importance 8,3% de blessures, notamment par armes, 7,7% de cas de dysenterie et 5,3% de manifestations aiguës de stress, puis tout une série de trouble divers (tuberculose, surdité, irradiations, etc.).

Cette étude repose sur quatre questionnaires :

-le premier évalue le ressenti vis-à-vis de situations qui ont pu être traumatisantes ;
-le deuxième prend en compte la manière dont les anciens combattants ont réagi à ces situations ;
-le troisième apprécie l’autonomie ;
-le quatrième vise à évaluer l’humeur.

29% des anciens combattants en Afrique du Nord ont exprimé une vision très négative de leur existence.

33% ont semblé présenter des difficultés importantes pour leur autonomie au quotidien.

27% ont indiqué une souffrance réelle vis-à-vis des traumatismes vécus.

A partir de ces résultats nous avons voulu savoir quel est le facteur susceptible d’expliquer au mieux un ressenti encore douloureux d’événements traumatiques il y a environ 50 ans : violence des événements décrits, stratégies mises en œuvre, âge, niveau éducatif, humeur et autonomie actuelles.

Les résultats de l’étude montrent que 74% du ressenti actuel du traumatisme sont expliqués par la violence des événements vécus. C’est ensuite la perte d’autonomie qui en explique 17%. Puis, le manque de stratégies mises en œuvre pour réagir aux situations vécues pendant la guerre, pour 9%.

Est à noter tout particulièrement l’absence d’incidence d’un grand âge, du niveau culturel et de l’humeur sur ce vécu traumatique.

A ce stade de l’étude les résultats sont importants, car ils montrent que les événements, souvent violents et douloureux, dont les engagés, les rappelés et les appelés ont fait l’expérience au cours des conflits d’Afrique du Nord, peuvent être encore vécus aujourd’hui avec beaucoup de souffrance, celle-ci étant d’autant plus prégnante qu’elle s’accompagne d’une perte d’autonomie et notamment de troubles de l’attention, de la mémoire, ou du raisonnement, du fait du vieillissement.

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