Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Représentants des autorités civiles,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents des associations d’anciens combattants,
Mesdames, Messieurs,
Je tiens tout d’abord à adresser mes plus vifs remerciements à Serge COURS d’avoir bien voulu me convier à votre congrès et surtout de m’avoir fait l’honneur d’y présenter une intervention.
En guise de préambule, je tiens à préciser que je ne suis pas une spécialiste de l’Union fédérale mais des acteurs des politiques de mémoire de la Deuxième Guerre mondiale en France. Cela étant, à ce titre et compte tenu du rôle de l’Union fédérale dans la préservation du souvenir des guerres mondiales et conflits contemporains, c’est avec plaisir et une grande satisfaction que j’ai accepté de retracer les grandes lignes des 90 ans d’histoire de votre fédération.
Je vous propose donc de segmenter mon intervention en trois temps :
-le premier sera consacré à la naissance de l’Union fédérale,
-le second à l’investissement de l’Union fédérale dans la défense des droits du monde combattant avec notamment le rôle central de René Cassin,
-Enfin, le troisième relatera la contribution de l’UF à la préservation du souvenir de ceux qui ont combattu ainsi qu’aux valeurs de paix, civisme et de tolérance véhiculées.
Les origines de l’Union fédérale.
A l’image des structures publiques en charge du monde combattant, l’Union fédérale s’est créée alors que la Grande Guerre n’était pas achevée.
En mars 1916 l’Office National des Mutilés et Réformés est institué par décret, en 1917, l’Office National des Pupilles de le Nation est créé. Le 11 novembre 1917, l’Union fédérale tient son premier congrès qui jettera les bases de son officialisation.
Un parallélisme peut être effectué au sujet de ces créations puisque c’est en effet l’afflux des blessés et des mutilés dès 1915-1916 (situation jusqu’alors inconnue et donc qui n’avait encore jamais nécessité un tel intérêt) qui incite les victimes à se regrouper et les pouvoirs publics à intervenir.
Très tôt, René Cassin grand blessé de 1914 lui-même rejoint et anime une association de mutilés et réformés à Aix en Provence.
Des aspirations communes à la défense des victimes de la Guerre poussent progressivement les associations à se regrouper. En octobre 1917 une première tentative de rapprochement national échoue. Il faudra attendre la tenue du 1er congrès de l’Union fédérale au Grand Palais le 11 novembre 1917 pour voir la première grande cohésion nationale.
L’année suivante, en février 1918 l’Union fédérale des associations françaises de blessés, mutilés, réformés, anciens combattants de la Grande Guerre, veuves, orphelins et ascendants est officiellement créée.
A l’instar des évolutions statutaires et dénominatives des Offices, l’Union fédérale connaît des phases successives. Devenue dans les années 20 Union fédérale des associations françaises d’anciens combattants et victimes de guerre, elle prend le nom en 1936 d’union fédérale des associations françaises d’anciens combattants et victimes de guerre et des jeunesses de l’union fédérale, suite à la création de groupements de jeunes.
La destinée de l’Union Fédérale aurait pu être tout autre si le projet de regroupement de l’ensemble des associations au sein d’une seule Union Française des combattants avait abouti pendant et au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. L’Union Fédérale et L’UFAC, créée par ordonnance du Général de Gaulle le 14 mai 1945 resteront finalement dissociées sans pour autant être antagonistes. D’ailleurs, pendant une assez longue période, le président de l’Union fédérale sera également président de l’UFAC.
La figure emblématique de l’Union fédérale est incontestablement celle de René Cassin (1887-1976) dans la mesure où il en fut l’un des plus fervents animateurs dès sa création.
Brillant universitaire de la faculté de droit d’Aix en Provence, ancien combattant de la Grande Guerre, René Cassin consacra une grande partie de sa vie à la reconnaissance des droits du monde combattant que se soit par ses actions associatives ou publiques.
L’Union fédérale et la défense des droits du monde combattant.
Le monde combattant doit à l’Union Fédérale et notamment au militantisme actif associatif et institutionnel de René Cassin (qui en sera président en 1922), la défense et la reconnaissance de nombreux droits.
Devenu rapidement l’un des dirigeants et orateurs nationaux les plus écoutés, il contribue, aux côtés de Marcel Lehmann et Charles Valentino à la rédaction du texte de loi sur le droit à réparation. Celui-ci sera adopté le 31 mars 1919 à l’initiative du député Georges Lugol.
Son engagement constant marquera la vie associative et publique de l’entre-deux guerre.
En 1919, il devient membre de l’Office des Mutilés. En 1922, il refuse le Ministère des Pensions que lui propose Edouard Herriot.
En 1923, il élabore le texte de loi sur les emplois réservés et en 1926 il est à l’origine de la création de la carte du combattant et de l’Office du Combattant.
Aux côtés de l’Office national des Mutilés et Réformés et de l’Office des Pupilles de la nation un troisième Office est en effet créé en 1926, l’Office national du Combattant qui, à la différence des 2 autres instances, est destiné à prendre en charge et répondre aux besoins des anciens combattants non pensionnés, donc, ni blessés, ni mutilés, ni invalides, ce qui ne fut pas une mission facile. En effet, il avait d’abord été envisagé, pour cela,de donner naissance à une structure regroupant les associations d’anciens combattants mais après de longues discussions et la détermination des associations et surtout de René Cassin, l’Office du Combattant fut finalement créé pour gérer toutes les questions d’assistance, d’assurance et de prévoyance sociale, de crédit et de mutualité, de même que celles relatives au chômage, au placement et reclassement social, l’organisation et les conditions de travail des anciens combattants.
Parmi les autres acquis obtenus à l’initiative de René Cassin, il convient de citer l’obtention de la retraite du combattant en 1930 qui sera alors versée à l’âge de 50 ans.
A noter également, en 1929, sa nomination en qualité de Vice-président du conseil supérieur des Pupilles de la nation qui lui vaudra ensuite l’appellation de « Père des Pupilles de la nation ».
Il serait bien évidemment impossible (et ce n’est d’ailleurs pas l’objet de cette conférence) de dresser ici l’inventaire de l’ensemble des droits acquis grâce à l’engagement fidèle et permanent de l’Union fédérale. Retenons simplement qu’elle a grandement contribué, sous différentes formes, à la reconnaissance statutaire, sociale, morale voire humaine de l’ensemble des catégories de ressortissant de l’Office National.
Parallèlement à la lutte constante et continue en faveur de la reconnaissance des droits des anciens combattants et des victimes de guerre, l’Union fédérale s’est également engagée dès l’origine, dans les manifestations de transmission du souvenir, puis de la mémoire du monde combattant et des valeurs de paix et de tolérance qui lui sont associées.
L’Union fédérale et la transmission du souvenir.
L’investissement mémoriel et intergénérationnel de l’Union fédérale peut se décliner sous 3 formes :
-l’animation et la participation, depuis l’origine, aux cérémonies nationales commémoratives et associatives,
-la participation aux structures administratives ou publiques œuvrant pour la valorisation de la mémoire des guerres,
-et enfin la création d’une manifestation propre, le prix du civisme et de dévouement à la collectivité.
Des années 1920 aux années 1950, l'animation du souvenir des soldats morts aux combats fut en effet essentiellement relayée par l’ensemble des fédérations et associations d’anciens combattants parmi lesquelles l’Union fédérale joua un rôle central. Celles-ci eurent, au delà de leurs actions militantes de défense de droits, le souci de préserver le souvenir de ceux qui périrent sur les champs de batailles. Ce sont elles, par exemple, qui ont animé et participé à l’organisation des cérémonies commémoratives du 11 novembre puis du 8 mai à partir de 1946. Dans les départements, elles ont joué un rôle prédominant dans la représentation de l’image ancien combattant que ce soit par la lecture des manifestes ou leur conséquente et régulière présence aux côtés des services préfectoraux et municipaux. Jusqu’en 1946, les associations sont ainsi restées le principal acteur et vecteur du souvenir des anciens combattants et victimes de guerre en France.
Les années 1950 ont vu une implication beaucoup plus significative des instances administratives en charge du milieu ancien combattant dans l’orchestration d’une lente et progressive politique mémorielle des guerres et conflits contemporains.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le ministère des Pensions et l’Office National connaissent de profondes restructurations qui se traduisent par une redéfinition des attributions entre les deux administrations et une mission commune identifiée, celle de « veiller sur les intérêts matériels et moraux de leurs ressortissants ». Au nom de celle-ci, des instances sont créées et des pratiques se mettent en place dans le cadre de la sauvegarde et de la valorisation du souvenir des anciens combattants et victimes de guerre.
Les fédérations et associations d’anciens combattants ont également joué un rôle majeur au sein de celles-ci puisqu’elles en ont formés le cœur aux côtés des acteurs publics.
En témoigne par exemple la création du Comité du souvenir et des manifestations nationales en 1947, première structure nationale significative.
Sous tutelle du ministre des anciens combattants et composée de représentants des assemblées, des administrations et des fédérations d’anciens combattants et victimes des deux guerres, cette instance administrative fut dans les faits une commission technique de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre chargée d’impulser et de coordonner les cérémonies nationales officielles en France (11 novembre, 8 mai puis Journée Nationale en souvenir des victimes de la Déportation à partir de 1954). Sous l’impulsion du monde associatif ce comité a dès lors accordé au monde combattant une place centrale dans la politique de transmission du souvenir en France.
À partir de l’année 1955, les attributions du Comité s’élargissent, s’officialisent et sont confirmées[1]. C’est désormais le Comité, sous couvert du ministre des anciens combattants, et non plus le ministère de l’Intérieur, qui adresse aux préfectures les circulaires réglementant le calendrier commémoratif et l’organisation des cérémonies. Par ailleurs, le programme commémoratif ne se cantonne plus aux cérémonies nationales du 8 mai, 11 novembre et de la Journée nationale de la Déportation. Le Comité est également chargé d’impulser et de coordonner les grandes dates anniversaires ainsi que les réceptions nationales: réception, à Paris, d’anciens combattants australiens venus accomplir un pèlerinage sur les champs de bataille de France le 22 mai 1955; cérémonie au tombeau du Soldat inconnu lors de la visite à Paris de la Reine d’Angleterre le 8 avril 1957. Les actions du Comité ne vont cesser de s’étendre de 1955 à la fin des années 1970, notamment lors des temps-anniversaires : 20e, 25e, 30e… Les manifestations rendant hommage aux anciens combattants et victimes de guerre se trouvent ainsi valorisées. En 1956 et 1957, leur reconnaissance et leur représentation sont amplifiées: Le Comité prend l’initiative d’organiser la participation du monde ancien combattant à la fête nationale du 14 juillet.
Il convient de noter que le décret du 29 août 1955 déterminant la composition et l’organisation de l’Office national et des offices départementaux avait également prévu une déclinaison départementale de la politique du souvenir en en fixant la création d’une commission du souvenir et des manifestations nationales au sein de chaque office départemental. Leur composition était définie par la commission permanente de l’office départemental. Dans le département du Loiret, par exemple, trois membres l’ont ainsi pilotée dans un premier temps, le Vice-président de l’office, un mutilé de la guerre 1914-1918 et un ancien combattant de 1939-1945. La mission de cette commission départementale consista à « élaborer le calendrier des manifestations patriotiques et à organiser les cérémonies à prévoir en fonction des contingences locales ».
La présence déterminante des associations d’anciens combattants et victimes de guerre au sein des comités locaux et de groupes de travail constitués à l’occasion des grandes dates commémoratives caractérise et symbolise finalement la politique du souvenir en France jusqu’au début des années 1980. En témoigne par exemple la création des comités départementaux des 2 anniversaires en 1964 composés des directeurs départementaux de l’office National, des directeurs interdépartementaux, des présidents des principales associations et amicales d’anciens combattants, des correspondants du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale ainsi que des représentants de l’inspection d’académie et placés sous la présidence des préfets qui ont piloté les actions commémoratives sur l’ensemble du territoire.
Depuis les années 1980, les actions de valorisation de l’histoire et de la mémoire des guerres et conflits contemporains ont changé de nature et de concept, en raison notamment de la prise de conscience de la lente et progressive disparition des combattants et témoins des première et deuxième génération de feu. Avant tout pour répondre à une demande sociale, celles-ci se sont considérablement institutionnalisées. D’une politique du souvenir en hommage aux anciens camarades, la politique mémorielle a dû dès lors se concevoir comme une politique de mémoire en direction des jeunes générations. Les années 1980 marquent donc la transition entre une politique du souvenir et une politique de mémoire. Cette nouvelle définition ne sera pas pour autant synonyme d’un affaiblissement de l’investissement des fédérations et associations d’anciens combattants et victimes de guerre puisqu’elles se sont largement impliquées dans l’animation des Commissions départementales de l’information historiques pour la Paix (les fameuses CDIHP) instituées dans l’ensemble des départements dans les années 1982-1983, tout comme ce sera d’ailleurs le cas au sein des commissions mémoire instaurées à partir de la fin des années 1990. Elles ont en effet largement contribué à la diffusion et au succès des nouveaux vecteurs de mémoire, caractéristiques de cette nouvelle institutionnalisation, à savoir, des expositions, colloques, témoignages, publications, concours scolaires (en dehors du CNRD) ne serait-ce que par leur permanente contribution au titre de témoin ou de conseil.
Au-delà de sa constante présence aux côtés des institutions civiles et militaires, l’investissement mémoriel et intergénérationnel de l’Union fédérale se manifeste également depuis 1965 par la création d’un prix original, le prix du civisme et de dévouement à la collectivité.
Créé à l’initiative de Marcel FIVEL-DEMORET sur le conseil avisé de René Cassin, cette distinction instaurée à l’échelon national est destinée à récompenser et honorer des jeunes âgés de 16 à 25 ans pour leur comportement altruiste et leur engagement exemplaire au service de la communauté, nationale ou internationale.
Elle doit être ainsi conçue et vue comme un encouragement à l’adhésion pérenne aux valeurs citoyennes.
Ce prix se distingue ainsi des autres prix associatifs ou institutionnels existants obtenus à l’issue d’un concours ayant exigé une réflexion ponctuelle sur une période de l’histoire, qu’il s’agisse par exemple du concours de la résistance et de la déportation instauré depuis 1961 ou le récent concours des petits artistes de la mémoire depuis 2006. S’ils contribuent indéniablement au devoir de mémoire et aux exigences de tolérance, les enjeux diffèrent tout de même quelque peu, le prix du civisme voulant honorer une action continue dans la société.
Conclusion :
De cet exposé (nécessairement bref en raison des contraintes liées au planning chargé de votre congrès) ressort une écoute et veille constante de l’Union fédérale aux grandes préoccupations de son temps, qu’il s’agisse de la Défense des droits des anciens combattants et victimes de guerre, de la transmission du souvenir de ceux qui sont tombés pour leur pays ou de la nécessite de transmettre les valeurs de paix, tolérance et d’entraide mutuelle entre les peuples.
C’est d’ailleurs en ce sens que l’Union fédérale a élargi depuis plusieurs décennies ses actions à l’aide apportée aux populations démunies (comme en témoigne par exemple l’installation de dispensaires, d’équipements médicaux, d’écoles et de maisons du combattant dans différents pays d’Afrique).
En guise de conclusion, je pense qu’il est possible de dire que la capacité à poursuivre ses aspirations de fédération, tant au niveau national que local, du monde combattant toutes générations de feu confondues et à évoluer avec son temps, l’Union fédérale pourra escompter conserver le franc succès qui lui permet de rayonner encore aujourd’hui.
Je vous remercie.
[1] Décret du 29 août 1955 et ordonnance et décret du 7 janvier 1959.