-M. le Général KAPFER représentant Monsieur Gérard LARCHER, Président du Sénat,
-M. Alexandre BAETCHE, Maire adjoint représentant M. Jean TIBERI, Maire du Vème,
-M. Xavier DELARUE, Directeur du cabinet, représente M. Hubert FALCO, Secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants,
-M. Pierre-François RACINE, Président de la section des Finances du Conseil d’Etat, représentant M. Jean-Marc SAUVE, Vice-président du Conseil d’Etat,
-M. Stéphane LE BORGNE, Chef du département de la mémoire combattante, représentant M. Rémy ENFRUN, Directeur général de l’ONAC,
-Mme Angéla MELO, Directrice de la Division des Droits de l’Homme de l’UNESCO,
-Monsieur Jacques GOUJAT, Président de l’UFAC, Vice-président de la FMAC, représentant aussi M. Hamid IBRAHIM, Président de la FMAC,
-M. Maurice GAMBERT, Président de la Fédération André Maginot,
-M. le Professeur Antoine PROST, éminent spécialiste de l’œuvre et de la vie de René Cassin,
-M. le Général LE PORT, représentant M. le Général Pierre LANG, Président de la FNAOM,
-M. Alain BERTHOZ, neveu de René CASSIN,
-M. Jean-Claude KUPEMINC, Conservateur de la bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle,
-M. André DORNINGER, Président fédéral des Blessés Crâniens,
-M. Michel-Léonard COLOMBO, Président de la FAFAC,
-M. Henri ROST, Président de la CEAC.
-Mmes et MM. les représentants des autorités civiles et militaires,
-Mmes et MM. les Présidents et représentants des associations amies,
-Mmes et MM. les membres du Conseil d’administration, les Présidents départementaux et les délégués de l’Union fédérale,
-Mesdames et Messieurs,
Sachant par expérience qu’aucune énumération ne saurait être exhaustive, au nom de l’Union fédérale, nous remercions toutes les personnes se trouvant présentement à nos côtés, auprès du tombeau de René Cassin, le père spirituel de notre fédération.
Parmi les hautes autorités excusées et non représentées, nous citerons,
-M. Nicolas Sarkozy, Président de la République
-M. Bernard Accoyer, Président de l’Assemblée nationale,
-Monsieur Jean-Louis Debré, Président du Conseil Constitutionnel,
-Monsieur François Fillon, Premier ministre,
-M. Luc Chatel, Ministre de l’Education nationale, porte-parole du gouvernement,
-M. Bertrand Delanoë, Maire de Paris,
Mesdames et Messieurs,
En ce 24 février 2010, 34 ans et 4 jours après la disparition de René Cassin, comme chaque année depuis lors, l’Union fédérale s’incline respectueusement devant le sépulcre où reposent les cendres du dirigeant hors du commun, à qui elle doit son idéal de paix sans complaisance ; son sens de la justice et de la démocratie, en un mot, son âme.
Votre participation à l’hommage rendu à l’homme qui lui est resté viscéralement attaché jusqu’à son dernier souffle, honore l’Union fédérale et, en son nom, nous ne saurions trop vous remercier.
En ce moment de recueillement, nous rappellerons quelques traits saillants de l’œuvre de René Cassin, essentiellement dédiée aux anciens combattants et victimes de guerre, à la paix universelle et à la gloire de la France.
Ce faisant, nous savons que cette évocation partielle laissera dans l’ombre des pans entiers de ses travaux, tant leur éventail est large.
René Cassin a vu le jour à Bayonne, le 5 octobre 1887 au sein d’une famille juive aisée établie en cette ville.
Nous ne savons rien de sa jeunesse passée à Nice. Peu prolixe à ce sujet, il l’évoquera cependant heureuse.
Elève particulièrement doué, il passe avec succès ses baccalauréats de philosophie et de mathématiques élémentaires à l’âge de 17 ans.
Inscrit à la faculté d’Aix-en-Provence, il étudie de pair l’Economie Politique, le Droit Romain et l’Histoire Constitutionnelle, études provisoirement interrompues en 1906 par l’appel au service militaire. Il y apprécie le contact humain.
Revenu à Aix-en-Provence il obtient une licence en droit avec mention « Très Bien », mais aussi une licence ès lettres et le 1er prix du concours général des facultés de Droit, mais c’est à Paris, en 1914 qu’il devient Docteur ès sciences juridiques, économiques et sociales.
Le professeur de droit est né en ce début d’été, mais la guerre qui éclatera quelques semaines plus tard, contribuera à forger l’homme que nous connaissons.
Mobilisé dès les premières heures du conflit, René Cassin est frappé par le concept peu rationnel d’utilisation des compétences qui règne au sein des unités militaires. Ainsi, il est outré d’être convoqué au quartier général en sa qualité d’homme le plus instruit en droit afin de copier une circulaire.
Affecté au 311ème régiment d’infanterie comme simple soldat, il est envoyé sur le front de la Meuse avec son unité. Dans les moments difficiles il se révèle un meneur d’hommes, ainsi il stoppe la panique de ses camarades alors qu’ils sont pris sous un violent bombardement d’artillerie ; il monte sur la tranchée afin de mettre en évidence son pantalon rouge de fantassin et ainsi faire reconnaître la position aux artilleurs français qui tirent trop court.
Cette vaillance au combat lui vaut très vite ses galons de Caporal et c’est en qualité de chef d’un groupe franc que le 12 octobre 1914 il reçoit la mission de s’emparer, dans le secteur de Saint-Mihiel, des casernes de Parroches occupées par l’ennemi.
Exécuté sans préparation, ce coup de main voué à l’échec amène l’irréparable, des hommes tombent et René Cassin est fauché par une rafale de mitrailleuse qui le touche au bras, au flanc et au ventre.
Un brancardier courageux parvient à le ramener dans les lignes françaises, mais c’est seulement dix jours plus tard, à Antibes, alors qu’il agonise, qu’un médecin-lieutenant décide de tenter une opération chirurgicale sur le mourant.
Il sera sauvé, mais la guerre est terminée pour lui et il se retrouve chargé de cours de droit aux universités d’Aix et de Marseille.
Militant dans l’âme, René Cassin adhère le 27 février 1917 à l’Amicale des réformés n° 1 d’Aix, alors présidée par un électricien lampiste et en devient le secrétaire adjoint. « Je voulais aider, sans briller » dira-t-il plus tard.
Convaincu qu’il convenait de combler au plus vite le vide juridique existant à l’encontre des mutilés, des veuves de guerre, des orphelins et conscient que cela ne pourra se réaliser sans la pression des victimes, il participe activement au regroupement fédéral des milliers d’associations et d’amicales qui se sont créées en France à partir de 1916.
Empreint de bon sens, brillant orateur, il ne tarde pas à œuvrer au plus haut niveau fédératif aux côtés d’autres grands militants, tels Marcel Valentino, Charles Lehmann, Gaston Vidal, Gaston Rogé et tant d’autres, devenant ainsi l’un des principaux fondateurs de l’Union fédérale.
A ce titre, il collabore intimement aux étapes laborieuses de sa création : Octobre 1917, Toulouse ; la rencontre se solde par un échec ; 11 novembre 1917, au Grand Palais à Paris, 1er congrès national, les bases sont jetées et les principes définis ; 23, 24 et 25 février 1918 à Lyon, le 2ème congrès national de l’Union fédérale baptise officiellement et laïquement sa création.
René Cassin en sera le Secrétaire général en 1920 et le Président en 1922.
Non attiré par les hautes fonctions associatives, René Cassin préfère œuvrer afin que les mutilés, les victimes de guerre et les anciens combattants obtiennent réparation, car tout reste à faire, et surtout qu’ils ne soient pas utilisés à des fins politiques.
Cela ne se passera pas sans heurts.
Ainsi, lors du 3ème congrès national de l’Union fédérale (Orléans – avril 1919) deux associations importantes préfèrent romprent plutôt que d’adhérer à l’apolitisme qui est toujours nôtre aujourd’hui.
Auprès de Charles Lehmann et Marcel Valentino, René Cassin participe activement à l’élaboration de la doctrine du droit à réparation qui se traduira le 31 mars 1919 par la loi sur le droit à réparation, dite loi « Lugol » (nom d’un député membre de l’Union fédérale). Cela nous permet de dire, sans fausse modestie, que cette loi fondamentale fut initiée par notre fédération.
Durant l’entre-deux guerres, René Cassin œuvre sans répit en faveur des anciens combattants et victimes de guerre : droit au travail, dignité, rééducation des mutilés, emplois réservés, sollicitude pour les orphelins, etc., efforts qui seront concrétisées par de nombreuses lois.
Son action, aux côtés de Jeanne Callarec, veuve de guerre à la personnalité incontournable, le fera appeler dès 1923 « Le père des Pupilles de la Nation ».
En 1930, il obtient la création de la retraite du combattant.
Egalement Homme de Paix, en 1924 il devient membre de la délégation française à la Société des Nations, ancêtre malheureuse de l’ONU. Il y dénonce, en janvier 1933, le coup d’Etat qui mène Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne ; en octobre 1935, l’agression de l’Ethiopie par Mussolini ; en 1936, la guerre d’Espagne ;… En 1938, il combat les accords de Munich et démissionne de la Société des Nations qu’il juge incompétente et laxiste.
Après Munich, la guerre était devenue inévitable et, fruit de l’immobilisme militaire, la défaite de 1940 prévisible.
Sans l’avoir lui-même entendu, le 18 juin 1940 René Cassin prend connaissance de l’appel du Général de Gaulle. Le lendemain, il embarque à St-Jean-de-Luz à bord de l’Ettrick qui fait route vers l’Angleterre et débarque à Plymouth.
Dès le lendemain, il offre ses services au Général, dont il devient le conseiller juridique et le négociateur privilégié.
Rappelons qu’il fut le principal artisan de l’accord du 7 octobre 1940 conclut entre Sir Winston Churchill et le Général de Gaulle, accord qui officialisera l’existence et l’indépendance de la France Libre.
En 1942, naquit dans sont esprit le projet d’une déclaration modernisée calquée sur la déclaration des Droits de l’Homme de 1789.
Dès la fin de la guerre il fut donc naturellement l’un des rédacteurs de la Déclaration universelle, adoptée non sans mal le 10 décembre 1948, dont il rédige le préambule.
En 1944, il est nommé Vice-président du Conseil d’Etat. Un an plus tard, il devient le Président fondateur de l’ENA.
En 1960, il est membre du Conseil Constitutionnel, puis juge et Président de la Cour européenne des Droits de l’Homme où il siège de 1965 à 1969.
10 décembre 1968, vingt ans jour pour jour après l’adoption de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, récompense suprême, René Cassin reçoit le Prix Nobel de la Paix, avec le montant duquel il crée l’Institut international des Droits de l’Homme de Strasbourg auquel son nom reste attaché.
Grand Croix de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération, Médaillé Militaire, titulaire des Croix de guerre 1914-1918 et 1939-1945, Médaillé de la Résistance, Commandeur des Palmes académiques, détenteur de nombreuses décorations françaises et étrangères, René Cassin s’est éteint le 20 février 1976 à l’âge de 89 ans. Ses cendres ont été transférées au Panthéon, le 5 octobre 1987, jour anniversaire du centenaire de sa naissance.
Cet aperçu sur l’œuvre et la vie de René Cassin est bien trop succinct, nous en sommes conscient, aussi nous nous excusons de cette brièveté imposée par la contrainte du temps.
Permettez-nous de conclure en citant l’un des messages de René Cassin, délivré dans son discours de réception du Prix Nobel :
<< J’adore mon pays d’un cœur qui déborde et plus je suis français, plus je me sens humain >>
Maintenant est venu le moment de déposer notre gerbe sur son tombeau et nous prions Monsieur Xavier Delarue représentant Monsieur le Secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants, de bien vouloir effectuer ce geste de respect en notre compagnie.
Au moment du dépôt, nous vous prierons de bien vouloir observer un instant de recueillement, puis si vous le souhaitez, étant donné l’exiguïté de l’alvéole, vous pourrez tour à tour vous incliner devant le sépulcre de René Cassin.
Mesdames et Messieurs, interprète de l’Union fédérale, nous vous remercions à nouveau profondément pour nous avoir accompagné dans cet hommage posthume.